LA PROMOTION GÉNÉRAL KŒNIG



Journal d'information radio
« Inter actualités » de 20 h 00 du 30 juillet 1971

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Journal d'information télévisé
« Information  première » de 13 h 00 du 31 juillet 1971

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Journal d'information radio
« Inter actualités » de 20 h 00 du 3 août 1971

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CARTE D'IDENTITÉ DE LA PROMOTION

La promotion « général Kœnig » fait partie d'une longue liste de promotions d'officiers issues de l'École militaire interarmes (EMIA) de Coëtquidan. Pendant l'année 1970 — 1971, alors dixième promotion de l'EMIA, elle a formé 200 officiers français et étrangers.

C'est une promotion éprouvée très jeune, dans les premiers jours qui ont suivi la remise des épaulettes de sous-lieutenant à la fin du mois de juillet 1971. Lors du stage final pour l'obtention du brevet de parachutisme militaire, notre promotion a été dramatiquement marquée dans sa chair par l'accident d'un Noratlas qui a entraîné la mort en service commandé de 34 de nos camarades et instructeurs, et de 3 membres de l'équipage. Cet accident du 30 juillet 1971 a fait 37 victimes et laissé 29 orphelins (voir plus bas la partie consacrée à cet accident).

Malgré ce drame, débordante d'activités, la promotion s'est imposée depuis sa sortie d'école par son dynamisme et son rayonnement.

Au cours de quarante-cinq années, elle s'est forgé une véritable identité et a cherché constamment à entretenr son unité. Ses officiers ont été les acteurs fidèles de toutes les adaptations de l'armée de terre et de tous les engagements de ses forces depuis le début des années 70. Elle a mis en scène des hommes fidèles à leur mission, courageux, disponibles et loyaux, toujours prêts à servir là où les autorités de notre pays leur commandaient d'aller.

Copie d'une présentation faite en 1997 (support d'origine en VHS) à l'occasion des 25 ans de la promotion et du parrainage de la promotion 1995 — 1997 « Lieutenant Schaffar ».

Elle a donné des hommes d'expérience, de réflexion et d'action, rompus aux contraintes des situations de crises internationales et adaptés à leur temps.

Respectueuse des traditions et de l'unité des officiers, ses membres entretiennent individuellement et collectivement un tissu important de relations extérieures solides. Depuis toujours, elle s'efforce de maintenir et de développer des activités et les liens amicaux propices à l'épanouissement de ses membres et à sa propre cohésion. Elle bénéficie de l'appui d'une association portant le même nom (une page est consacrée à l'association, voir le menu).

À ce jour, elle a réussi à se réunir 33 fois et à éditer autant de bulletins de promotion annuels d'une centaine de pages chacun. En 2011, pour son quarantième anniversaire, elle a fait paraître un « mémorial » ; cet ouvrage de 600 pages rassemble les souvenirs et les expériences d'une majorité des officiers de la promotion (le mémorial et tous les bulletins annuels peuvent être lus à partir des pages réservées de l'« Espace membres », voir le menu).

En 2021, la promotion célèbrera son « cinquantième anniversaire ». Elle aura alors à cœur de se rassembler une nouvelle fois et l'honneur de parrainer les jeunes élèves officiers qui constituront la future soixantième promotion de l'EMIA.

ACCIDENT DE PAU

Le 30 juillet 1971 à 14 heures 54, l'avion Nord 2501 NORATLAS n° 49 de la base aérienne 119 de Pau, immatriculé FR-BABB, s'écrase lors d'une mission de largage de parachutistes.

À son bord, 37 hommes. Il n'y a pas de survivants.

Outre les trois membres de l'équipage, un lieutenant et deux sous-officiers de l'armée de l'air, on dénombre deux officiers et neuf sous-officiers de l'encadrement des Écoles de Coëtquidan et de Pau et vingt-trois élèves officiers de la promotion 1970 — 1971 « général Kœnig » de l'École militaire interarmes.

Les obsèques ont lieu le 3 août 1971 à la base aérienne de Pau sous la présidence de monsieur Michel Debré, ministre de la Défense Nationale.

Les jeunes sous-lieutenants avaient reçu leurs épaulettes quelques jours auparavant à Coëtquidan au cours d'une cérémonie. C'est sur leur temps de permission qu'ils étaient venus effectuer à l'École des troupes aéroportées de Pau l'ultime stage indispensable pour être breveté parachutiste.

Les 37 militaires victimes de l'accident, morts en service aérien commandé, ont été cités à l'ordre de l'armée à titre posthume.


Éloge funèbre des victimes de l'accident aérien de Pau prononcé le 3 août 1971 par monsieur Michel Debré, ministre d'État chargé de la Défense Nationale

Vendredi, alors que familles accablées, camarades désolés, français tristes et stupéfaits apprenaient, par le télégraphe, le téléphone, la radio, la télévision, tous les moyens modernes grâce auxquels le monde désormais connait tout, partout et tout de suite, à combien d'entre nous s'est imposée une image qu'un poète vieux de deux mille ans a éternisée ! Dans l'empire des morts, un visiteur, étreint par l'angoisse, voit défiler devant lui l'ombre des personnages illustres dont le récitant rappelle tour à tour les mérites remarquables. Surgit l'ombre d'un adolescent et le poète dit  : « Tu seras Marcellus ». Il ajoute : « Apportez des lis à pleines mains .» Ce simple vers évoque l'homme jeune que son esprit, sa vocation, son audace destinaient à une carrière insigne et que la mort a saisi alors qu'il était promesse et espérance. Devant ces jeunes cercueils, devant tant de promesses en un instant brisées, tant d'espérances en quelques secondes anéanties, comment ne pas redire : « Apportez des lis à pleines mains ! »

BERTHE, BOJU, CARTAL, COULLEREZ, DEL-TOSO, DELARCHE, DHÔME, DUCATILLION, ERBA, FLORI, GUILLAMET, KERLEGUER, LABRIET, LAFFITTE, LANTERME, MEGEVAND, PETERS, PINA, PY, ROUSSEAU, SENSFELDER, TACHET, ZANGARELLI, vingt-trois dont aucun n'avait plus de trente ans, dont beaucoup n'avaient pas vingt-cinq ans, il y a moins de dix jours, sur la place d'armes de Coëtquidan, pour saluer ce galon de sous-lieutenant, consécration tant attendue de vos années de service et de vos longues heures de travail, un genou en terre, avec toute votre promotion, vous chantiez. Dans la nuit d'été qui couvrait la lande bretonne, avec ses astres brillants et ses étoiles nombreuses, vos voix graves montaient vers le ciel : « Mon Dieu donne-moi la foi — donne-moi force et courage et l'ardeur au combat — Mon Dieu donne-moi la souffrance. »

Pour mieux résumer les sentiments de fierté que vous éprouviez à l'égard de ces jeunes, général Richard, qui les connaissiez si bien, vous m'avez dit : « Une centaine d'entre eux m'ont demandé de prendre sur leur temps de permission, la durée d'un dernier stage à l'école de Pau, afin d'être officier parachutiste et, dès demain, volontairement, ils y partent. »

Ils avaient la foi. Ils avaient force et courage. Ils ont eu la souffrance et sont morts comme meurt le soldat au combat.

Avec eux, pour eux sont morts des officiers et sous-officiers de l'École militaire interarmes de Coëtquidan qui, responsables de l'entraînement physique et des sports, les avaient accompagnés. Avec eux, pour eux sont morts un officier et un sous-officier de l'École des troupes aéroportées de Pau qui avaient la charge de leur stage. Avec eux, pour eux sont morts un officier et deux sous-officiers de l'armée de l'Air qui formaient l'équipage de l'avion.

Capitaine BUISSON, et capitaine MALLET, lieutenant GALICE et lieutenant REMY, adjudant ABDI, adjudant HAVET, adjudant SERGENT, adjudant SION, maréchaux des logis-chefs CARLU, GRUSELLE et PERRON, sergents-chefs PICCERELLE et TONDEUR, sergent DUBOSQ, vous aviez dans l'armée de nombreuses années de service. Plusieurs d'entre vous s'étaient signalés dans les batailles d'hier et des croix méritées brillaient sur vos poitrines, dont la Légion d'honneur du capitaine BUISSON et du capitaine MALLET et plusieurs Croix de la valeur militaire. Tous vous aviez la passion de votre métier, les uns d'instructeurs ou de moniteurs, les autres de pilotes ou de mécaniciens. La tâche quotidienne qu'avec zèle vous accomplissiez était éclairée par la flamme du dévouement qui brillait dans vos cœurs de soldats. Vous n'avez jamais hésité devant l'entreprise d'un devoir que vous saviez périlleux. Vous portiez très haut un témoignage — celui de la qualité dans nos écoles militaires, des chefs et gradés qui, pour mieux instruire, donnent l'exemple.

Épouses, enfants, parents, vous pour qui désormais les jours ne seront jamais plus ce qu'ils étaient, amis et camarades, qui garderez fidèlement le souvenir de ceux que vous avez si bien connus — au-delà de votre douleur — au-delà de cette marque officielle de compassion que les forces armées de la France vous apportent par ma voix — au-delà du message qu'en votre épreuve je vous transmets au nom du Président de la République — au-delà des condoléances que vous adressent le Gouvernement et les commissions parlementaires de la Défense — au-delà de ce cérémonial militaire qui, par sa sobriété émouvante, traduit notre unanime émotion — que la pensée de ces morts nous confirme dans nos convictions et nous guide dans notre action.

La vocation militaire n'a rien de mystérieux. Elle traduit la volonté de donner un certain sens à la vie. Pour les uns, avec une conscience très claire des exigences nationales et du bien de l'État, pour d'autres, plus confusément peut-être, mais avec le même désintéressement et la même noblesse, il s'agit de mettre son corps et son esprit en état de servir une cause, qui est celle de la patrie française. Que le corps soit prêt à toutes les exigences de l'effort, de la compétition, du danger, que l'esprit soit disposé à toutes les techniques et tactiques du combat, qu'au-delà du corps et de l'esprit l'âme soit ouverte aux risques d'un métier élevé par ses servitudes autant que par ses gloires au rang d'une vocation ! Françaises et Français, dans les peines et les joies, les soucis et les insouciances de la vie quotidienne, doivent savoir que leur fierté de femmes et d'hommes libres tient à de telles vocations et qu'aucun grand peuple ne peut subsister si chaque année ne jaillit de son sein des hommes de foi et de caractère, totalement disponibles à son service.

Ceux qui sont morts étaient de ces hommes-là !

En un temps où aucune nécessité de combat ne nous mobilise, où aucune menace directe, immédiate, n'apparaît sur nos têtes, on surprend ici et là des recherches sur la hiérarchie des valeurs humaines et sociales. Certains dont la mémoire est courte, et sommaire le jugement sur les réalités terrestres, s'interrogent même sur le meilleur usage de la liberté. Curieuses recherches et inutiles interrogations ! Depuis des temps très lointains, la réponse a été donnée et les générations qui avaient l'âge d'homme alentour des années 14 et 40 de notre siècle peuvent le confirmer sans peine. La première des valeurs, c'est la dignité humaine, et la première des vertus à son service, c'est le courage ; sans courage, point d'honneur ; sans courage, point de sens des responsabilités ; sans courage, point de foi ! Or, où il n'est point d'honneur, de sens des responsabilités, de foi, il n'est ni dignité humaine ni ardeur nationale pour l'assurer.

Jeunes sous-lieutenants qui veniez à peine de terminer votre temps d'école, instructeurs et moniteurs de l'école de Coëtquidan et de l'école de Pau, membres de l'équipage de l'air, vous apparteniez a la race de ces Français courageux qui font la France, et votre mort, dans notre souvenir, vous place au premier rang. Au moment où une profonde peine désespère celles et ceux qui vous étaient proches, et pour qui vous étiez les êtres les plus précieux ; au moment où une grave tristesse étreint le cœur de vos chefs, assombrit les jours de vos amis — nous éprouvons de votre mort une volonté plus ferme de mieux satisfaire aux impératifs qui furent ceux de votre vie trop brève : le bien de la Nation, qui ne vous oubliera pas — la liberté des citoyens, qui savent les obligations qu'ils vous doivent, à vous et à vos pareils, et la gloire d'une armée que votre mort renforce dans la connaissance de sa mission éternelle.